Je fixais encore cette étendue de bois mort et mousseux, comment avais-je pus oublier la présence de ces géants de l'autre coté de ma fenêtre, quand j'étais petite je les prenais pour des colosses planté là pour me protéger des monstres qu'ils dissimulaient à la vue des adultes. Mais, maintenant ils me terrifiaient, ces grands feuillus hantaient mes rêves depuis plus de deux ans, chaque nuits, je les voyais s'ériger devant moi, m'entourer, me laissant captive en proie à une peur sans nom et à Lui... Lui, celui qui m'attire et me pourchasse dans cette forêt noir et brumeuse.
Je secoua brièvement ma tête, relevant le menton et respirant un bon coup, je fixais au loin les feuilles virevolter au vent froid mon ours en peluche dans les bras, à ce moment précis je ne voulais qu'une chose ; redevenir une petite fille et pouvoir revoir la forêt comme un havre de paix, mon havre de paix à moi et rien qu'à moi... Je déposa ma peluche sur le rebord de la petite fenêtre, et me dirigea vers mon lit, je me jeta sur lui, je m'abattit de tout mon poids sur le vieux matelas couinant, les ressorts me transperçaient la peau, je les sentais sous l'épaisse mousse et cela ne me gênais pas, loin de là, je m'assoupit après quelques minutes, le jour avait fait place à une obscurité sécurisante et bien connue : le sommeil.
Je me laissait bercer par le bruit des battements lents de mon c½ur, je passa une main sous cette masse lourde qui me servait de tête, je soupirais encore une fois et me laissa aller au vrai sommeil...
Perdue dans les entrailles de la forêt,
je cours sans but ni raison, je suis mes jambes.
Je me retrouve prisonnière de ses colosses recouvert de mousse,
il est là, je le sais, je le sens, il me fixe tapis derrière la cime des arbres,
il n'est pas loin, il est si proche, et pourtant je me suis arrêtée.
Je ne cours plus, je l'attends piégée par cette brume,
j'attends cette douleur lancinante,
j'attends qu'il m'attrape,
j'attends de devenir la victime,
j'attends tout simplement qu'il soit là, près de moi,
Je fixe l'immensité qui m'entour, et je le sens dans mon dos,
il s'agrippe à moi,
et je la sens, cette douleur intense...
J'ouvris enfin les yeux, et me redressa brusquement, la sueur perlait sur mon front, collant mes mèches sur mes joues. Je réussi de justesse à plaquer une main tremblante sur mes lèvres et à étouffer ce cri affreux qui émergeait du confin de mon ventre.
Je me rallongea en chien de fusil agrippant fébrilement mes genoux et en les collant à ma poitrine, fixant l'obscurité : je revoyais la scène... Pourquoi avais-je attendu ? Pourquoi ne pas continuer à courir loin de cette présence ? Pourquoi me laisser piéger ? Pourquoi ne pas me débattre ? Qui était-il ? Tant de question qui restaient sans réponse depuis deux ans ! " Qui est tu ? " Sans envie je céda une nouvelle foi, laissant place à l'effroi et au sommeil, j'entendais la pluie s'abattre sur les vitres, ce bruit m'aida à m'endormir mais ce fut une fin de nuit sans rêves...
Le lendemain je me réveilla en douceur, regardant autour de moi, le soleil était encore caché par des nuages noir et menaçants, j'attrapa une de mes valises et me décida à l'ouvrir, j'en sortis un haut et un jeans.
Je me redressa et sortis de ma chambre pour aller prendre une douche, il était sept heure du matin et je devais prendre la voiture de mon père pour aller en cours à huit heure, rien de bien palpitant... Je sortis de la salle de bain un quart d'heure plus tard, j'avala vite fait mon petit déjeuner empoigna mon sac, ma veste et les clés de voiture de mon cher père et commença a marcher d'un pas lourd vers la porte d'entrée. Arrivée devant la maison je ralentis encore un peu, le soleil ne réussissait pas à percer la couche de nuage qui encombrait le ciel... C'est à ce moment précis que les plages de Californie me revinrent en mémoire, le sable fin la mer et le soleil si précieux, enfin après cette passe mélo' je montais enfin dans la voiture, mis le contacte et démarra.
Je ne mis que quelques minutes pour atteindre l'enceinte du lycée de Blush-road, je parqua la caisse de mon père et entra dans le bâtiment principal. J'avais rendez-vous avec la principale, une vieille femme aigrie qui me permit de m'assoir sur un fauteuil rustique mais bien conservé, je détailla son bureau, et repéra un petit singe en porcelaine de mauvais gout perché sur une étagère bien en évidence.
" Charmant... "
Elle me fixa longuement.
Et sans attendre me souhaita le bien venu dans SON lycée, elle me donna mon horaire et m'envoya en classe.
" Sympathique... "
Je me retrouvais donc devant une porte et frappa comme une gamine qui à peur de se faire grondée, les cours avaient commencé depuis peu, et qui était la dernière dans les couloirs ? Allez devinez ! Je rentrais timidement dans la classe et sentit tout les regards converger vers moi, tous sans exception... mon cerveau se mit à divaguer et j'entendis un " Pourquoi moi ? " se balader dans ma petite tête, je me mordis la lèvre inferieur et tripota mon tee-shirt. Le professeur me présenta et me regarda de haut en bas. Il m'envoya à l'autre bout de la classe, devant la fenêtre, je m'installais et remarqua des mèches folles devant moi... Comme une flamme !
Lui ?
Un grondement sourd s'échappa de son thorax, ses mains se crispèrent sur ses cuisses, regardant devant lui...
Cette odeur, cette odeur enivrante flottait dans l'air et l'appelait.
Il grinça des dents l'odeur qu'il avait sentit l'autre jour dans les bois l'harcelait, cet homme qu'il avait décidé d'épargner dans la clairière était là...
Et il flairait la même odeur que lui !
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